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Rapport du 3ème symposium de chirurgie de guerre et de catastrophe

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RAPPORT DU 3ème SYMPOSIUM DE CHIRURGIE DE GUERRE
ET DE CATASTROPHE

Rabat, Maroc
9-10 février 2018

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RAPPORT DU 3ème SYMPOSIUM DE CHIRURGIE DE GUERRE ET DE CATASTROPHE

Le troisième symposium de chirurgie de guerre et de catastrophe a eu lieu à Rabat, au Maroc, du 9 au 10 février 2018, à l’Hôpital Militaire d’Instruction Mohammed V, organisé par l’Inspection du Service de Santé des Forces Armées Royales représenté par le médecin Lt-Colonel Prof. Karim EL KHATIB, chirurgien des armées, chef de service de Stomatologie et Chirurgie Maxillo-faciale et Président du groupe de travail ‘ad hoc’ de Chirurgie de Guerre et de Catastrophe au CIMM en collaboration avec le médecin Colonel Prof. Samir SIAH, anesthésiste réanimateur, chef de service des Brûlés et de Chirurgie Plastique.

Ce symposium était axé sur le retour d’expérience de différentes équipes nationales et internationales par rapport à la gestion des derniers attentats terroristes et catastrophes qui ont eu lieu à travers le monde.

Une première session était consacrée à la gestion des afflux massifs de brûlés, le médecin colonel Samir SIAH, le professeur Mohamed EZZOUBI, chef du centre national des Brûlés du CHU Ibn Rochd de Casablanca, le médecin colonel Serge JENNES, chef de service des brûlés de l’hôpital militaire Reine Astrid de Bruxelles, le médecin général Hervé CARSIN ancien chef du Centre de traitement des Brûlés de l’hôpital militaire Percy et actuel chef de service des brûlés du centre hospitalier de Metz ont échangé leurs expériences. Ils ont surtout insisté sur l’élaboration d’un « plan national désastre de feu » élaboré par les professionnels de santé parallèlement à celui qui existe chez les pompiers et la protection civile. Le médecin colonel Serge JENNES a présenté le plan BABI (Belgian Association for Burn Injuries) qui est un plan désastre-feu belge déclenché dès que le nombre de victimes dépasse 5 à 10 grands brûlés sous la supervision d’un centre de régulation nationale qui, en temps réel, connaît la disponibilité litière des 6 centres de brûlés nationaux, envoie les moyens de transport aérien et terrestre ainsi que des équipes d’experts des brûlés (burn team) sur le lieu du sinistre pour faire le triage. Il a également exposé le retour d’expérience des attentats de Bruxelles. Le médecin colonel SIAH a présenté la cellule de commandement et de coordination ainsi que le service des brûlés de l’hôpital militaire, il a notamment parlé de la gestion de l’incendie du souk de Ain Aouda le 6 février 2017 qui a causé un décès et 54 brûlés évacués vers les différentes structures du Royaume, il a insisté sur l’importance du triage initial pour envoyer « le bon patient au bon endroit » ainsi que sur la formation des médecins à ce triage en cas d’afflux massif. Pr CARSIN a rappelé les 2 doctrines du «scoop and run» c'est-à-dire une mise en condition pré hospitalière puis un transport rapide vers l’hôpital versus le « stay and play» où l’hôpital vient aux victimes avec la création d’un Poste Médical Avancé (PMA) ou Poste de Regroupement des Blessés (PRB) puis une évacuation après un premier triage, il a aussi expliqué comment préparer un service de brûlés à l’accueil d’un afflux massif de victimes. Pr EZZOUBI nous a présenté, en tant que chef de service, le Centre National des Brûlés et de Chirurgie Plastique et Réparatrice qui dispose de 54 lits, il a refait l’historique des attentats terroristes, des incendies à victimes en nombre en donnant l’expérience de son centre quant à la gestion de ces catastrophes. Pr STAMBOULI, directeur de l’Institut de Criminalistique de la Gendarmerie Royale, a montré le côté organisationnel et logistique et la collaboration de cet institut dans les enquêtes menées après les attentats de Casablanca en 2003 et de Marrakech en 2011. Mr ENDER, instructeur au SAMU héliporté de Boston, nous a parlé de l’organisation des secours lors de l’attentat de la ligne d’arrivée du marathon de Boston aux USA.

Une deuxième session était organisée par l’Euro-Mediterranean Council for Burns and Fire Disasters sous l’impulsion de son président, Prof. Bechara ATIEH, sous forme de cours et de conduites pratiques pour les plus jeunes dispensés par Pr BOUKIND, chirurgien plasticien et ancien chef de service du centre national des brûlés de Casablanca, par Pr ACHBOUK, Dr RIBAG et Dr FOUADI, plasticiens militaires de Rabat.

Une troisième session était consacrée aux afflux massifs de blessés de guerre. Prof. EL KHATIB a introduit cette session en présentant les faits et concepts nouveaux en chirurgie de guerre et de catastrophe ; Le médecin colonel ALAOUI MOUSTAIN, chef des opérations médicales de la Gendarmerie Royale, nous a parlé d’un des aspects de la formation du personnel médical et paramédical de son corps, à travers le Tactical Combat Casualty Care ou prise en charge pré hospitalière en zone de combat. Mr ENDER, du SAMU héliporté de Boston, a détaillé les dernières techniques et recommandations de triage des blessés. Le médecin général PUIDUPIN du centre opérationnel de réception et de régulation des urgences sanitaires et sociales de Paris a exposé les nouveaux défis face aux actes terroristes et a exposé la stratégie médicale opérationnelle ainsi que les principes tactiques utilisés sur le terrain. Le médecin Commandant ZIDOUH, anesthésiste réanimateur, nous a exposé les modalités d’accueil des patients graves et en nombre au service des urgences de l’hôpital militaire de Rabat. Le médecin colonel DUHAMEL, chirurgien plasticien, chef du bloc de l’hôpital militaire Percy à Paris, nous a fait bénéficier de son expérience quant à l’organisation intra hospitalière et du retentissement sur l’activité et le fonctionnement du bloc opératoire en cas d’afflux massif en prenant pour exemple la gestion des derniers attentats terroristes de Paris. Le médecin général RIGAL, chef de service de traumatologie à l’hôpital militaire Percy a détaillé le « damage control » et son application en pratique de guerre pour sauver le maximum de blessés. Le médecin colonel SIAH et le médecin colonel BOUNAIM, chef de service de chirurgie viscérale ont parlé de la réanimation et de la prise en charge chirurgicale des traumatisés balistiques abdomino-pelviens. Le professeur ABU-SITTAH, chef de service de chirurgie plastique au centre médical de l’université américaine de Beyrouth, nous a montré son expérience dans les conflits au Moyen-Orient dans la gestion des plaies balistiques compliquées de la face et de la conduite face aux bactéries multi-résistantes des plaies de guerre. L’équipe de la Utah National Guard représentée par le Lt-Colonel BROWN, et les sergents BORNEMEIER et ASAY, a montré leur expertise dans les amputations sur le terrain, dans la prise en charge des blessures par écrasement et des plaies chroniques. Le symposium s’est terminé par un workshop pratique donné aux résidents en chirurgie maxillo-faciale et en chirurgie plastique réparatrice par Pr MYERS et Pr HOLMES, chefs de service respectivement de chirurgie plastique et de chirurgie maxillo-faciale à la Barts and the London School of Medicine and Dentistry, Queen Mary University of London en Grande Bretagne.

Nous remercions les différents services de l’Etat Major Général des Forces Armées Royales, qui ont fourni toute la logistique nécessaire à la réalisation de ce symposium, notamment une traduction simultanée français-anglais et anglais-français de très grande qualité, la couverture audio-visuelle de toutes les conférences, nous remercions également tous les conférenciers qui ont partagé avec nous leur expérience de l'organisation de la prise en charge des afflux massifs de brûlés et de blessés de guerre.

A l’issu de ces journées, nous avons pu noter et faire une mise à jour des protocoles de chacun ainsi que les procédures de prise en charge pré et intra hospitalières lors d’une catastrophe thermique ou d’un attentat en milieu urbain qui ont été décrites avec une clarté et une précision remarquables par les conférenciers nationaux et internationaux.