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Rapport de la Conférence mondiale sur la réduction des risques biologiques de l'OIE

Conférence mondiale de l'OIE sur
la réduction des risques biologiques


Paris (France)

Du 30 juin au 2 juillet 2015

Rapport



RAPPORT DE LA CONFERENCE MONDIALE DE L'OIE
SUR LA REDUCTION DES RISQUES BIOLOGIQUES

Participation du vétérinaire en chef Olivier CABRE (Service de santé des armées, France) en tant que représentant du Comité International de Médecine Militaire (CIMM) à la conférence mondiale sur la réduction des risques biologiques de l’OIE (Organisation mondiale de la santé animale - Word organisation for animal health) à Paris du 30 juin au 2 juillet 2015.

Collaboration autour d’une seule santé
La promotion de la collaboration entre les organisations et les acteurs de la santé publique autour du concept "Une seule santé" ("One Health") a été le véritable fil conducteur de cette conférence mondiale. Une conférence qui peut être qualifiée d’historique puisqu’elle a regroupé, pour la première fois, des acteurs clés de l’OIE, de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), d’INTERPOL, du Bureau des affaires de désarmement des Nations Unies, de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), ainsi que des représentants des gouvernements nationaux, des institutions chargées de la défense, de la sécurité et de la santé de plus de 120 pays. Plus de 350 participants ont ainsi été réunis.

Menaces biologiques accidentelles, naturelles ou intentionnelles
Le directeur général de l’OIE, Bernard VALLAT (docteur en médecine vétérinaire - DVM), a rappelé l’impact des agents pathogènes d’origine animale, qui ignorent les frontières :
• 60 % des maladies infectieuses de l’homme se développent à partir d’agents pathogènes d’origine animale;
• 75 % des maladies émergentes de l’homme ont pour origine une maladie animale;
• 80 % des agents pathogènes potentiellement utilisables à des fins de bioterrorisme sont d’origine animale.
Les agents pathogènes touchant les animaux, y compris ceux transmissibles à l’homme, peuvent accidentellement sortir des laboratoires. Du fait de leurs capacités d’impact économique, sanitaire et sociétal et de leur facilité d’accès, ils peuvent être utilisés comme armes biologiques. Dans l’histoire, la plupart des agents utilisés comme armes biologiques ont été des agents pathogènes d’origine animale, avec souvent un potentiel zoonotique. Certains d’entre eux sont actuellement facilement disponibles dans les pays endémiques et peuvent être aisément transportés sans être détectés.

Performance, gouvernance et normes
L’actualité récente, avec la "crise Ebola", confirme qu’il est difficile de prévoir quand et où les maladies infectieuses apparaîtront ou réapparaîtront. Aussi, se préparer à répondre à de telles menaces biologiques, accidentelles, naturelles ou délibérées est essentiel. Les services vétérinaires nationaux jouent un rôle majeur, notamment par la détection précoce et la prise en charge rapide des foyers de maladies animales. Pour être suffisamment efficaces, ils doivent pouvoir s’appuyer sur une législation solide, disposer de moyens appropriés et notamment de ressources humaines et financières adaptées (formation du personnel, partenariats, etc.).

L’importance de la gouvernance des systèmes de santé et celle des normes et standards intergouvernementaux ont été rappelées à maintes reprises. On peut citer les codes et guides publiés par l’OIE (le Code sanitaire pour les animaux terrestres par exemple) ainsi que le Règlement Sanitaire International (RSI) de l’OMS. L’OIE accompagne ses 180 pays membres, à leur demande, pour renforcer la gouvernance de leurs services vétérinaires à travers le processus d’amélioration de la Performance des Services Vétérinaires (PVS). Compte-tenu des synergies offertes par les outils PVS (santé "animale") et RSI (santé "humaine"), un guide est en cours de rédaction afin d’aider les pays à développer un système cohérent de gouvernance de santé nationale coordonnée et ainsi à mieux gérer les risques sanitaires à l’interface homme-animal. La conformité à ces normes est un gage de résilience face aux menaces.

Le partage des informations et des données, la mutualisation des compétences et des ressources, la confiance et la coopération sur les plans de la gouvernance et de l’expertise entre tous les acteurs de la santé et de la sécurité sont fondamentaux pour pouvoir réduire efficacement les risques biologiques.

Enseignements pour les armées
La participation d’un représentant du CIMM à cette conférence mondiale est riche d’enseignements pour les armées.
Elle confirme que la composante médicale et la composante vétérinaire des services de santé militaires œuvrent toutes les deux pour une seule et même "santé". Tous les principes ici décrits et qui conditionnent l’efficacité pour la réduction des risques biologiques, leur sont bien-entendu applicables (collaboration, performance, standards et gouvernance, etc.). De plus, ces services ont un rôle majeur à jouer au sein des systèmes de santé étatiques avec qui une collaboration étroite est essentielle. Par leur expertise, notamment dans le domaine des risques biologiques intentionnels, ils doivent être considérés comme relevant également d’un bien public mondial.

Les risques biologiques atteignent le niveau le plus élevé dans les pays où les services de santé sont en développement (notamment par manque de ressources) et/ou désorganisés (conflits, catastrophes naturelles, instabilité politique, actes terroristes, etc.). Or, c’est typiquement l’environnement rencontré sur l’ensemble des théâtres d’opérations.

Les services de santé des armées doivent être particulièrement sensibilisés sur l’importance :
• de l’épidémiosurveillance1, de l’intelligence médicale et de la coopération avec les services de sécurité pour la prévention des risques biologiques;
• d’une vigilance particulière sur les possibilités offertes par le développement de la biologie synthétique pour renforcer le caractère pathogène de certains agents;
• du strict respect des normes applicables en matière de biosûreté et de biosécurité dans les laboratoires manipulant et/ou stockant des agents pathogènes2;
• du strict respect des réglementations applicables en matière de transport international des animaux vivants, des denrées alimentaires et des échantillons biologiques;
• des mesures de décontamination et de désinfection des vecteurs et matériels militaires provenant de théâtres d’opérations, qui doivent être adaptées aux risques identifiés par la veille épidémiologique, maîtrisées et contrôlées aux points d’entrée;
• de se doter de technologies nouvelles et adaptées aux conditions d’emploi des forces pour la détection rapide et l’identification des risques biologiques;
• d’être en capacité de réagir efficacement et dans les meilleurs délais dès l’identification d’un risque (existence de plans d’urgence spécifiques, formation, entraînement du personnel, exercices communs entre les services de santé et de sécurité, etc.).

Concernant la détection rapide des agents pathogènes, des experts ont montré, lors de la conférence, l’intérêt des nouvelles technologies de terrain et notamment des tests de type "pen-side". Ces tests d’identification, souvent basés sur le principe de la Polymerase Chain Reaction (PCR), permettent d’avoir une identification rapide sur le lieu de prélèvement après des manipulations sommaires. Dans ces conditions, une réaction rapide est alors envisageable. Ils ont notamment montré toute leur efficacité lors de l’apparition de foyers de fièvre aphteuse en Grande–Bretagne en 2007. Certaines armées ont déjà recours à ces technologies au sein de leurs forces, comme les Etats-Unis avec le JBAIDS (Joint Biological Agent Identification and Diagnostic System).

Il convient également de rappeler le rôle pouvant être joué par les animaux vivant à proximité des forces comme "sentinelles" pour détecter l’apparition de risques sanitaires au sein des écosystèmes dans lesquels ils évoluent.

Les présentations faites lors de la conférence ainsi qu’un projet de 17 recommandations élaborées par les participants à la conférence seront bientôt disponibles sur le site internet de l’OIE (www.oie.int).

Ce rapport a fait l’objet d’une présentation orale, par son auteur, lors de la 38ème réunion du panel d’experts vétérinaires "Food and Water Safety and Veterinary Support" (FWSVS) de l’OTAN (COMEDS) qui a eu lieu à Madrid (Espagne) du 1er au 3 septembre 2015.

Vétérinaire en chef Olivier CABRE