Languages disponibles :
  • fr
  • en



 

 




Rapport de la 82ème Session Générale de l'OIE

82ème Session Générale de l'OIE

Paris (France)

25-30 mai 2014

Rapport



RAPPORT DE LA 82ème SESSION GENERALE DE L'OIE



Participation du vétérinaire chef des services Philippe Ulmer à la 82ème session générale de l’OIE (Organisation mondiale de la santé animale-World organisation for animal health) à Paris du 25 au 30 mai 2014, représentant du CIMM.

Description de l’organisation mondiale de la santé animale (OIE)
En 1920, la peste bovine est apparue en Belgique à la suite de l’importation dans le port d’Anvers de zébus en provenance d’Afrique du sud, porteurs de la maladie. Cet épisode fut le déclencheur de la création, en 1924, de l’OIE : office international des épizooties, lequel rassemblait 28 états. Le siège de cette organisation est depuis lors à Paris. En 2003, l’OIE a pris la dénomination d’organisation mondiale de la santé animale (ou World organisation for animal health) tout en conservant le sigle OIE. En 2014, cette assemblée compte donc 90 années d’existence. Son directeur général est Bernard Vallat. La présidente est Karin Schwabenbauer.

Rôle de l’OIE
Dès l’origine, la coopération et la coordination internationales contre la propagation des maladies animales ont reposé d’une part sur le recueil et la diffusion d’informations sur les évènements sanitaires et d’autre part sur l’élaboration de normes et lignes directrices scientifiques visant à sécuriser le commerce des animaux vivants et de leurs produits.

Ainsi, les normes et recommandations édictées par l’OIE sont conçues pour faciliter et favoriser les échanges internationaux.
Les normes considérées sont le Code terrestre et le Code aquatique de l’OIE, respectivement pour les animaux terrestres et les animaux aquatiques, ainsi que dans leurs compléments respectifs que sont le manuel terrestre et le manuel aquatique.
Ces codes constituent des ouvrages de référence indispensables aux autorités vétérinaires, aux responsables du processus de prise de décision en matière d’importation et d’exportation, ainsi qu’aux personnes intéressées par le commerce international.
L’adoption en 1995 de l’accord SPS (sanitaire et phytosanitaires) sous l’égide de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a renforcé et conforté le travail normatif de l’OIE en institutionnalisant le cadre légal du commerce international qui, aujourd’hui, s’applique aux membres de l’OMC. Cet accord reconnaît donc à l’OIE le statut d’organisme de normalisation en matière de mesures sanitaires et phytosanitaires relatives à la santé animale et aux zoonoses.

C’est aussi l’OIE qui délivre les certificats relatifs aux statuts sanitaires des pays relatifs aux différentes maladies, par exemple le statut de pays indemne de rage, de fièvre aphteuse….lesquels statuts sont importants pour la commercialisation des animaux vivants ou des produits animaux.

Déroulement de la 82ème session générale de l’OIE.
Cette assemblée s’est tenue du 25 au 30 mai 2014 à la maison de la chimie, 28 rue St Dominique à 75007 Paris.

L’assemblée mondiale est composée par les représentants officiels des 178 pays membres de l’OIE, dont 150 étaient représentés. Pendant l’assemblée a eu lieu l’adhésion de deux nouveaux pays membres : le Libéria et le Sud-Soudan, portant le nombre de pays membres à 180.
Chaque année, la session générale, aussi dénommée assemblée mondiale, a pour but de réaliser un bilan des principales épizooties en cours et d’adopter des révisions ou des ajouts aux différents codes.

L’emploi du temps de cette assemblée est particulièrement dense puisque planifié chaque jour de 09h à 18h30. Les éléments marquants de chaque journée ont été les suivants :

- dimanche 25 mai : allocutions d’ouverture. Les allocutions et les présences remarquables ont été celles de la directrice de l’organisation mondiale de la santé (OMS) Margaret Chan et du directeur général de l’organisation des états unis pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) José Graziano da Silva. Avec le directeur général de l’OIE, ils ont réaffirmé le concept d’une seule santé en prenant comme exemple les travaux de l’OIE concernant l’influenza aviaire, la rage et la résistance aux antimicrobiens.

J’ai relevé la présence et les allocutions de 10 ministres de l’agriculture (Bolivie, Brésil, Equateur, Allemagne, Iran, Oman, Uruguay, Corée, Laos, Sénégal). L’allocution de bienvenue au nom du ministre français de l’agriculture a été effectuée par M. Patrick Dehaumont, directeur général de l’alimentation et par ailleurs vétérinaire en chef (de réserve) affecté à la direction centrale du service de santé des armées.

- lundi 26 mai : début de la séance plénière. rapport annuel du directeur général sur les activités de l’OIE en 2013.

- mardi 27 mai : examen de thèmes techniques : peste porcine africaine puis rapports sur l’activité des commissions spécialisées et en particulier le rapport de la commission scientifique sur les maladies animales.

- mercredi 28 mai : rapport de l’activité de la commission des normes sanitaires pour les animaux terrestres.

- jeudi 29 mai : exposé des actualités et des tendances de la situation sanitaire mondiale et délivrance de certificats relatifs aux statuts sanitaires.

- vendredi 30 mai : matinée réservée aux délégués permanents, après-midi consacré à l’examen des demandes d’adhésions et à l’adoption des résolutions prises pendant l’assemblée (modifications des codes et manuels).

Principales actualités relatives aux maladies animales
116 maladies des animaux sont suivies par l’OIE au moyen d’un logiciel informatique intitulé WAHIS, lequel est un outil d’alerte, de suivi et de reporting des pays membres. Il est possible à toute personne de s’informer sur le site de l’OIE des alertes et de la situation sanitaire de chaque pays.

La situation actuelle des évènements et les tendances de la santé animale dans le monde entre 2005 et le 25 avril 2014 ont été présentées et commentées.

On observe une tendance à l’augmentation du nombre de pays/territoires notifiant des informations vers l’OIE entre 2006 et 2010, tendance qui devrait se maintenir pour les années 2012 et 2013. Parallèlement, la quantité d’information recueillie par l’OIE suit une tendance à la hausse pour toutes les maladies, infections et infestations. Une moyenne de 170 alertes est reçue chaque année.

Pour huit maladies d’intérêt majeur : tendances mondiales depuis 2005 :

L’infection par le virus de la rage
Le pourcentage de pays notifiant à l’OIE affectés par la rage est relativement stable, à 60 % des pays/territoires fournissant de l’information à l’OIE pour la période entre 2005 et 2013.
99 pays/territoires ont notifié l’infection par le virus de la rage entre 2009 et avril 2014 chez les animaux sauvages. Ces animaux peuvent être des espèces réservoirs (des Ordres Carnivora ou Chiroptera) ou bien d’autres espèces affectées par le virus. Il est intéressant de noter que pour les Amériques, c’est pour l’Ordre Chiroptera que la majorité des pays ont notifié des cas chez les espèces sauvages, tandis que c’est pour l’Ordre Carnivora que la majorité des pays ont signalé des cas chez les espèces sauvages dans les autres régions.
Contrairement à de nombreuses maladies, il existe pour la rage tous les outils nécessaires à son contrôle, voire à son éradication. En effet, les moyens de contrôle de la rage incluent le contrôle des populations de chiens errants, la vaccination animale parentérale, ainsi que la vaccination humaine. De plus, il est possible de vacciner la population sauvage grâce à la vaccination orale et cela a été mis en place avec succès dans plusieurs pays, notamment en Europe. La rage a d’ailleurs été contrôlée avec succès puis éliminée dans certains pays. En 2013, par exemple, l’OIE a ainsi publié l’auto-déclaration de la Malaisie concernant son statut de pays indemne de rage et le recouvrement de statut indemne de rage de l’Italie et de l’Estonie.

La peste porcine africaine
La peste porcine africaine est une maladie infectieuse non zoonotique des suidés domestiques et sauvages. La maladie est endémique en Afrique subsaharienne et a maintenant atteint l’est de l’Europe. Au 25 avril 2014, des foyers étaient toujours en cours au Bélarus, en Lituanie et en Russie. Des foyers ont été détectés en Ukraine, en Lituanie et en Pologne en début d’année 2014. La situation actuelle de la peste porcine africaine en Europe de l’Est présente un risque constant de propagation de la maladie en Europe et en Asie, notamment par des voies de transmission difficiles à contrôler comme les mouvements de sangliers, le transport illégal d’animaux et/ou de produits d’origine animale et les mouvements des véhicules contaminés ou d’autres objets contaminants

La fièvre aphteuse
La fièvre aphteuse est une maladie causée par un picornavirus, hautement contagieuse. Elle touche les mammifères bi-ongulés, notamment les bovins, les porcs, les moutons et plus de 100 espèces de la faune sauvage. La maladie est présente presque partout dans le monde et peut causer d'énormes pertes économiques lorsqu’un foyer se déclare dans un pays préalablement indemne.
L’année 2013 et le début d’année 2014 ont été marqués par 26 évènements exceptionnels notifiés à l’OIE. Le sérotype A a été nouvellement notifié en mars 2013 en Chine, puis en avril et juin 2013 au Tibet. La Russie a également notifié à l’OIE la fièvre aphteuse, dans une région contiguë à la Géorgie, en mars 2013.

L’infection par les virus de l’influenza aviaire
L’influenza aviaire a causé des pertes économiques considérables pour l'industrie de la volaille. Par ailleurs, les virus de l’influenza constituent des menaces pour la santé publique. Ceci a été mis en évidence notamment par l’émergence du virus de l’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) H5N1, du virus pandémique H1N1 2009 et plus récemment, du virus de l’influenza aviaire faiblement pathogène (IAFP) H7N9. Les oiseaux aquatiques semblent être les hôtes réservoirs des virus de l’influenza aviaire, qui sont généralement asymptomatiques chez ces populations.
Le pourcentage de pays ayant notifié la présence de l'influenza aviaire de sous-types H5 et H7 marque une baisse pour la période entre 2006 et 2013.
L’émergence d’un nouveau virus d’influenza aviaire a marqué l’année 2014. En janvier, la Corée et le Japon ont notifié à l’OIE la réapparition de l’IAHP, de souche H5N8.

L’infection par le virus de la peste des petits ruminants
L’infection par le virus de la peste des petits ruminants (PPR) est une maladie contagieuse aigüe causée par un Morbillivirus (de la famille des Paramyxoviridae). La maladie naturelle affecte principalement les ovins et les caprins et peut occasionnellement toucher les petits ruminants sauvages. La PPR peut provoquer, dans sa forme aigüe, une mortalité du troupeau allant de 80% à 100%. Ce virus est hautement contagieux et peut se transmettre uniquement par contact direct avec les sécrétions ou excrétions des animaux malades.
Cette maladie est présente en Afrique, à l’exception de l’Afrique australe, dans la péninsule arabique, dans pratiquement tout le Proche et le Moyen-Orient ainsi que dans le Centre et le Sud-est de l’Asie. Le pourcentage des pays déclarants affectés par la maladie a régulièrement augmenté au cours des neuf dernières années.

L’infection par des variants du virus de l'anémie infectieuse du saumon
L’anémie infectieuse du saumon est une maladie qui touche essentiellement le saumon Atlantique (Salmo salar) d’élevage. Initialement signalée en Norvège au milieu des années 1980, l’anémie infectieuse du saumon a ensuite été signalée au Canada (Nouveau-Brunswick) en 1996, au Royaume-Uni (Ecosse) en 1998, dans les îles Féroé en 2000, aux Etats-Unis d’Amérique (Maine) en 2001.
Cette maladie très contagieuse peut provoquer des pertes économiques très importantes pour les producteurs bien que le nombre de pays affectés par cette infection soit faible par rapport à l’ensemble des Pays Membres de l’OIE, son impact est important pour la production mondiale de saumons Atlantique, car elle affecte des pays qui comptent parmi les producteurs les plus importants.
Cette maladie a marqué l’actualité en 2013 et 2014. Ainsi, en décembre 2013, le Chili a notifié la détection du variant RHP 7 A dans un élevage de saumons Atlantique, dans le sud du pays. De plus, la Norvège a notifié neuf évènements d’infection par le virus de l'anémie infectieuse du saumon entre janvier 2013 et mars 2014.

Maladie émergente : le coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient
Le MERS-CoV est une souche particulière de coronavirus soupçonnée d’être responsable du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS), une infection des voies respiratoires chez l’homme.
En novembre 2013, le Qatar a notifié à l’OIE trois cas de MERS-CoV, au titre de "maladie émergente", qui avaient été détectés chez des dromadaires d’une exploitation agricole ; deux cas humains leur étaient associés Dans le cas du Qatar, la source d’exposition des cas humains et des dromadaires n’a pas été déterminée. C’est pourquoi des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre la portée de ces découvertes et déterminer le rôle potentiel joué par le dromadaire.

Maladie émergente : le virus de la diarrhée épidémique porcine
La diarrhée épidémique porcine (DEP) est causée par un coronavirus qui a été signalé pour la première fois au Royaume-Uni et en Belgique, en 1971 et 1978 respectivement. Depuis lors, la maladie a été signalée en Asie (Chine, Corée, Japon, Philippines. En 2013 et 2014, l'OIE a officiellement reçu des notifications des États-Unis d'Amérique, du Japon et du Canada.
Le virus de la DEP se propage rapidement par voie oro-fécale suite à l'introduction d'animaux infectés ou de matériel contaminé, certains composants alimentaires étant également suspectés. Les foyers de la maladie ont eu un énorme impact économique sur les élevages de porcs en raison de ces taux élevés de morbidité et de mortalité chez les porcelets.

Autres informations
Les autres informations importantes annoncées pendant cette assemblée ont été :
- L’entrée dans une phase de poste-éradication de la peste bovine. Cette maladie a été déclarée éradiquée en 2011, à la suite d’une vaccination de masse. En 2013 et 2014, les états ont été invités à déclarer auprès de l’OIOE les stocks de vaccins qu’ils détenaient encore, ce qui a été fait par 164 pays sur 178 pays membres. Par ailleurs, cinq instituts dans quatre pays ont proposé d’être habilité à conserver les virus et des vaccins contre cette maladie.

- La liste des maladies pour lesquelles les états peuvent demander un statut de pays indemne s’allonge : en plus de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), de la péripneumonie contagieuse bovine, de la peste équine a été créé le statut de pays indemne de peste des petits ruminants.
Par ailleurs, cette peste des petits ruminants des devenue une maladie hautement prioritaire en vue de son éradication grâce à la vaccination.

Enfin, l’assemblée mondiale a adopté une nouvelle norme créant le statut de chevaux présentant un niveau supérieur de santé, permettant de faciliter les déplacements de ces équidés appelés à effectuer des voyages internationaux.

 

Principales données qui peuvent intéresser ou impliquer les forces armées

Mise en place d’un système d’alerte vétérinaire à destination du commandement
L’OIE administre un logiciel informatique intitulé WAHIS, lequel est un outil d’alerte, de suivi et de reporting des pays membres. Il est possible à toute personne de s’informer sur le site de l’OIE en temps réel des alertes et de la situation sanitaire de chaque pays. Chaque service de santé des armées (composante vétérinaire) devrait mettre en place une procédure de surveillance et d’alerte à partir de ce site, lui permettant de conseiller le commandement, en cas d’opération ou d’exercices sur un territoire étranger, sur les risques zoonotiques éventuellement encourus et des mesures de désinfection à mettre en place au moment du retour des matériels dans leur pays.

Risque de propagation de la peste porcine africaine en Europe de l’ouest au moyen de matériels militaires lors d’exercices en Pologne ou en Ukraine.
Le risque de propagation de la peste porcine africaine à partir de l’Europe de l’est (Ukraine, Pologne) impose de mettre en place des mesures particulières de prévention de cette maladie pour les troupes qui y effectueraient des exercices ou des missions : interdiction de transport de produits d’origine animale produits dans ces régions, désinfection des véhicules avant leur retour.
Dans le cas général, lorsque des matériels militaires sont destinés à revenir d’un pays potentiellement infecté vers un pays indemne, des mesures de désinfection de ces matériels sont toujours à entreprendre, si possible avant le passage de frontière ou l’embarquement.

Intérêt des relations entre les autorités vétérinaires civiles et militaires
La lutte contre les zoonoses ainsi que la lutte ou la protection contre l’importation de maladies animales sont des préoccupations à la fois civiles et militaires. Les vétérinaires militaires peuvent être amenés à intervenir en soutien des services vétérinaires civils lors d’épizooties (fièvre aphteuse, influenza aviaire) mais ils ont aussi un rôle d’interface avec les autorités civiles lors du transport de matériels, de vivres ou d’animaux militaires (chiens militaires). Les vétérinaires militaires seraient les premiers informés et seraient directement impliqués en cas de découverte d’une maladie d’importation, par exemple survenant sur des troupeaux pâturant sur un camp militaire et infectés à partir d’un transport de matériels. Cela pourrait être aussi le cas à partir de l’importation frauduleuse de mascottes. Il est donc important que, dans chaque pays, des liens se créent avec les autorités vétérinaires civiles.

Vétérinaire chef des services Philippe ULMER